CDI ou freelance ? Et si le freelancing était l'avenir du travail dans notre modèle économique ?
Par Mohamed · Publié le 17 octobre 2026 · 10 min de lecture

Ces derniers temps, on voit beaucoup de jeunes exprimer leur mécontentement face aux salaires, au pouvoir d’achat et, plus généralement, à leurs perspectives d’avenir.
Et franchement, je comprends cette frustration.
Quand on a passé cinq ou six ans à faire des études, qu’on travaille depuis plusieurs années, qu’on commence à avoir des responsabilités et qu’on réalise qu’il reste malgré tout compliqué d’acheter un logement ou de mettre suffisamment d’argent de côté, il y a de quoi se poser des questions.
Le premier réflexe, c’est souvent de regarder du côté des entreprises. On leur reproche de ne pas suffisamment payer leurs salariés, de privilégier leurs marges ou de ne pas assez redistribuer leurs bénéfices.
Il y a certainement des entreprises pour lesquelles ces critiques sont justifiées.
Mais je trouve qu’on parle beaucoup moins d’un autre problème : le coût du travail en France.
Entre ce qu’une entreprise dépense réellement pour rémunérer un salarié et ce que celui-ci reçoit sur son compte bancaire, l’écart est parfois impressionnant.
Cet argent sert notamment à financer notre système de santé, nos retraites, l’assurance chômage et, plus largement, notre modèle de protection sociale.
C’est un système auquel nous sommes attachés, et à juste titre. Mais il faut aussi reconnaître qu’il coûte cher.
Et c’est là qu’on arrive à une situation assez étrange.
D’un côté, des salariés qui ont le sentiment de ne pas être suffisamment rémunérés. De l’autre, des entreprises qui expliquent qu’elles n’ont pas les moyens d’augmenter davantage les salaires, parce que chaque augmentation leur coûte bien plus que ce que le salarié percevra réellement.
Au final, les deux parties peuvent avoir raison.
Est-ce que nos efforts sont vraiment récompensés ?
Il y a une question que je trouve intéressante, même si elle risque de faire réagir.
Prenons un jeune qui a consacré cinq ou huit années à ses études, parfois en faisant beaucoup de sacrifices, avec l’objectif d’acquérir des compétences recherchées et de se construire une carrière solide.
Il a fait ces choix pour avoir davantage d’opportunités, mieux gagner sa vie et aussi réduire son risque de se retrouver au chômage.
Est-ce si surprenant qu’il finisse par se demander pourquoi une part aussi importante du coût de son travail contribue à financer des protections collectives, notamment contre un risque qu’il a justement essayé de réduire ?
Je sais que cette question peut déranger.
Et je sais aussi qu’avoir un diplôme ou de bonnes compétences ne met personne à l’abri du chômage. On peut être excellent dans son métier et se retrouver en difficulté simplement parce que le marché s’est retourné.
C’est tout l’intérêt de la solidarité.
Mais on peut être attaché à cette solidarité et trouver malgré tout que notre système laisse parfois trop peu de place à ceux qui souhaitent prendre davantage de risques pour mieux valoriser leur travail.
C’est cette réflexion qui m’amène au freelancing.
Faire le même métier, mais avec des règles complètement différentes
Je travaille dans le consulting, et c’est un exemple que je connais bien.
Chez un même client, vous pouvez avoir deux consultants qui travaillent sur le même projet, avec des compétences et des responsabilités comparables.
L’un est salarié d’une ESN. L’autre est freelance.
Sur le terrain, leur quotidien peut être quasiment identique.
Mais financièrement, ils ne jouent pas du tout avec les mêmes règles.
Le salarié sait qu’à la fin du mois, son salaire tombera. Si sa mission se termine, son employeur doit continuer à le rémunérer et chercher à le repositionner.
Le freelance, lui, n’a pas cette garantie.
Sa mission peut se terminer, et il peut passer plusieurs semaines, voire plusieurs mois, à chercher la suivante.
Pendant ce temps, les charges continuent de tomber.
Il doit aussi gérer sa comptabilité, sa trésorerie, ses démarches administratives et consacrer du temps à trouver de nouveaux clients.
Mais en échange, il peut négocier directement ses tarifs et décider de la manière dont il organise son activité.
Selon la structure juridique choisie, il dispose également de plusieurs possibilités pour se rémunérer : salaire, dividendes ou combinaison des deux.
Les cotisations restent importantes, bien sûr. Mais certains statuts et modes de rémunération peuvent permettre de réduire le poids des prélèvements par rapport au salariat classique, avec une protection sociale qui n’est pas forcément équivalente.
Et surtout, il peut bénéficier plus directement de la valeur de son travail.
C’est précisément ce que je trouve intéressant dans ce modèle.
On accepte de perdre une partie de sa sécurité, mais on gagne en liberté et en potentiel de rémunération.
Ce qu’on oublie souvent : le freelancing ouvre aussi beaucoup de portes
On parle régulièrement du risque de se retrouver sans mission.
C’est une réalité, et il ne faut pas la minimiser.
Mais on parle beaucoup moins de toutes les opportunités que ce statut peut créer.
Une entreprise peut très bien ne pas avoir le budget, ou simplement l’envie, de recruter un salarié en CDI.
En revanche, si elle a besoin d’un expert pendant six mois pour accompagner un projet, elle sera parfois beaucoup plus ouverte à l’idée de faire appel à un freelance.
Et c’est assez logique.
Elle obtient les compétences dont elle a besoin, pour la durée qui lui convient, sans s’engager sur plusieurs années.
De son côté, le consultant accède à des missions auxquelles il n’aurait peut-être jamais eu accès en cherchant uniquement un CDI.
Il peut travailler pour une banque pendant un an, rejoindre ensuite un groupe industriel, puis intervenir sur un projet dans l’assurance ou l’énergie.
À chaque mission, il découvre de nouvelles méthodes, de nouveaux outils, de nouvelles personnes.
Il développe son expertise, mais aussi son réseau.
Et dans le consulting, on sait tous à quel point le réseau peut compter.
Une mission bien réalisée peut déboucher sur une recommandation. Un ancien collègue peut vous rappeler deux ans plus tard. Un client peut vous proposer de revenir sur un autre projet.
Petit à petit, les opportunités peuvent se multiplier.
C’est pour cela que je trouve réducteur de présenter le freelancing comme un CDI sans sécurité.
C’est une autre manière de construire sa carrière, avec des risques différents, mais aussi des possibilités qu’on ne retrouve pas toujours dans le salariat.
Et quand on commence à avoir une expertise recherchée, cette différence peut devenir considérable.
Et si c’était justement le compromis qui nous manquait ?
C’est là que je fais le lien avec notre modèle économique.
En France, nous avons fait le choix d’une protection sociale importante, financée notamment par les prélèvements sur le travail.
En parallèle, nous évoluons dans une économie de marché, où les entreprises sont en concurrence, où les compétences ont une valeur et où la prise de risque peut être récompensée.
Je trouve que le freelancing se situe assez naturellement entre ces deux logiques.
On continue de contribuer au financement de notre système social, tout en assumant une plus grande partie de ses propres risques professionnels.
On conserve une forme de protection collective, mais on accepte aussi de dépendre davantage de sa capacité à trouver des clients, à développer ses compétences et à rester compétitif.
Et si les choses se passent bien, on peut en retirer un bénéfice financier plus important.
Ce n’est pas simplement une question de gagner plus d’argent.
C’est aussi la possibilité de choisir ses projets, de refuser certaines missions, de prendre du temps entre deux contrats ou de décider de l’orientation qu’on veut donner à sa carrière.
Cette liberté a une vraie valeur.
Et je trouve qu’elle mérite d’être davantage mise en avant lorsqu’on parle de l’avenir du travail.
Je suis convaincu que le freelancing est l’avenir du consulting
Plus j’observe le marché, plus cette conviction se renforce.
Les entreprises ont besoin de flexibilité. Leurs projets évoluent, leurs budgets changent et elles recherchent parfois des compétences très spécifiques pour des périodes limitées.
Recruter systématiquement en CDI pour répondre à ces besoins n’est pas toujours adapté.
De l’autre côté, nous avons des consultants de plus en plus qualifiés, capables d’intervenir dans différents environnements et qui n’ont pas forcément envie de passer dix ans dans la même entreprise.
Le freelancing répond à ces deux besoins.
Et je suis convaincu que cette manière de travailler va continuer à se développer, particulièrement dans l’IT, la finance et les métiers d’expertise.
Il reste cependant un frein que je retrouve très souvent dans mes échanges avec d’autres consultants.
La peur de ne pas trouver de mission.
J’ai discuté avec des professionnels qui ont dix ou quinze ans d’expérience, qui maîtrisent parfaitement leur métier et qui pourraient probablement se positionner sur de nombreuses missions.
Pourtant, ils n’osent pas franchir le pas.
Pas forcément parce qu’ils préfèrent le salariat, mais parce qu’ils ne savent pas comment accéder aux opportunités.
Et c’est aussi de ce constat qu’est né Freeling.
Avec mon équipe, nous essayons de rendre le marché des missions plus accessible et plus transparent, pour que les consultants puissent mieux identifier les opportunités qui correspondent à leurs compétences.
Parce que je suis convaincu que plus on facilite l’accès aux missions, plus on réduit l’une des principales barrières à l’indépendance.
Cela ne supprimera jamais le risque. Mais cela peut permettre à davantage de professionnels d’envisager sérieusement cette voie.
Et si on arrêtait de considérer le CDI comme l’objectif ultime ?
Pendant longtemps, le parcours semblait assez évident.
Faire de bonnes études, trouver un CDI, progresser dans son entreprise, obtenir des augmentations et construire sa carrière.
C’est encore aujourd’hui un parcours qui fonctionne pour beaucoup de monde.
Mais je trouve dommage qu’on continue à le présenter comme la seule véritable réussite professionnelle.
Pourquoi un consultant expérimenté devrait-il nécessairement attendre qu’un manager valide son augmentation pour mieux valoriser ses compétences ?
Pourquoi rester dépendant des possibilités d’évolution d’une seule entreprise alors qu’il existe tout un marché de clients susceptibles d’avoir besoin de son expertise ?
Et pourquoi considérer systématiquement la prise de risque comme quelque chose de négatif ?
Après tout, créer son entreprise, chercher ses clients et assumer ses périodes d’inactivité, c’est aussi une manière de prendre ses responsabilités.
Bien sûr, cela demande de la préparation, une trésorerie suffisante et une bonne connaissance de son marché.
Mais pour ceux qui disposent d’une expertise recherchée, les perspectives peuvent être particulièrement intéressantes.
Je suis convaincu que les prochaines générations de consultants auront un rapport au travail différent du nôtre.
Elles seront probablement moins attachées à l’idée de faire toute leur carrière chez un seul employeur, et davantage intéressées par les projets, les compétences acquises et les opportunités qui se présentent.
Et dans ce contexte, le freelancing a toutes les raisons de prendre une place beaucoup plus importante.
Le problème n’est peut-être pas seulement ce que nous gagnons, mais la manière dont nous travaillons
Quand je vois les débats actuels sur les salaires et le pouvoir d’achat, je me dis qu’on passe peut-être à côté d’une partie de la discussion.
Nous demandons aux entreprises de mieux rémunérer leurs salariés, et c’est compréhensible.
Mais nous pourrions aussi nous demander comment permettre à davantage de professionnels de bénéficier directement de la valeur de leurs compétences.
Pour certains, la réponse passera par une évolution salariale.
Pour d’autres, elle passera par l’entrepreneuriat.
Et pour beaucoup de consultants, je suis convaincu que le freelancing représente l’une des meilleures opportunités pour reprendre le contrôle de leur carrière et de leurs revenus.
Il y aura toujours des périodes difficiles, des missions qui s’arrêtent et des moments où l’on regrettera peut-être la tranquillité d’un salaire fixe.
Mais il y aura aussi des rencontres, des projets passionnants, des opportunités inattendues et la satisfaction de construire quelque chose par soi-même.
Au fond, c’est peut-être cela qui me plaît le plus dans le freelancing : on ne dépend plus uniquement des décisions d’un employeur pour avancer.
On dépend davantage de ses compétences, de son réseau, de ses choix et de sa capacité à saisir les opportunités.
Et si, plutôt que d’attendre uniquement que notre modèle salarial évolue, nous commencions aussi à faire évoluer notre manière de travailler ?
Je suis curieux d’avoir l’avis de ceux qui ont déjà franchi le pas.
Est-ce que le freelancing vous a réellement apporté plus de liberté et de meilleures perspectives, ou est-ce que les risques sont plus importants que vous ne l’imaginiez ?
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